La Torre del Leonet alias Torre
Nova ou de l'Ecorchoir est un des rares vestiges subsistant
de la ceinture de remparts
médiévaux entourant Arles et le seul restant dans
le quartier de la Roquette avec une petite partie de rempart
(coté Rhône) dans sa continuité vers l'amont
du fleuve. Des travaux de restauration ont permis dans un premier
temps de revaloriser la tour en la dégageant de quelques
constructions parasites et sans intérêt. Il faudrait
dans un deuxième temps restaurer la tour et l'ouvrir au
public avec peut être une petite exposition permanente
qui la présenterait dans son contexte. Une manière
de replacer un intéressant bâtiment dans le quartier
qu'elle était censée défendre.
Le contexte historique : la peste, les
pillages, les conquêtes
Dans la deuxième moitié du XIVe siècle la
Provence est marquée par toute une série de récessions:
la peste partie de Marseille se répandit rapidement dans
presque toute l'Europe. Les conséquences furent la disparition
d'environ un tiers de la population ainsi qu'une déstabilisation
et une désorganisation économique de la société.
Arles, comme toutes les grandes villes de Provence ne fut pas épargnée
par le fléau les conséquences furent importantes
sur les mentalités et le fonctionnement économique.
A partir de 1357 des bandes de routiers démobilisées
par les quelques trêves de l'interminable guerre franco-britannique
et commanditées par divers membres de la famille royale
de France se répandirent dans la basse vallée du
Rhône. Ces grandes compagnies commandées par des
capitaines d'aventures sans trop de scrupules, attirées
par l'opulence d'Avignon la ville papale profitèrent de
l'affaiblissement politique et militaire des cités pour
tirer des profits non négligeables en ces temps de disette.
Le nom de certains de ces capitaines de routiers nous sont connus.
Nous rencontrons tour à tour Arnaud de Cervola dit l'Archiprêtre,
Calaspalargue un ancien prieur de Salon, Henry de Transtamara
et le plus connu d'entre eux, le breton Bertran Duguesclin. Ce
dernier, au service du duc d'Anjou, Louis Ier, alors gouverneur
de Languedoc (terre royale), se permit de rançonner Clément
VII pape d'Avignon, d'assiéger et de prendre Tarascon
en 1367 et en avril/mai 1368 de faire le siège d'Arles
.
Les épisodes de ce siège ne sont pas connus. Il
semble, d'après le chroniqueur arlésien Bertran
Boysset, que le siège de la ville fut levé suite
au paiement d'une rançon .
Des remparts contre les
invasions et une tour de défense
La ville d'Arles, déja pourvue d'une ceinture de remparts
envisagea de renforcer sa défense, certainement mise à mal
par les péripéties du siège puisque nous
savons qu'à Tarascon Duguesclin disposait de machines
de siège dont il n'a certainement pas hésité à se
servir contre Arles.
Le 26 novembre 1372, un contrat de travail fut passé par
le viguier, les syndics et un artisan maçon appelé dans
le texte magister Johannes Passavant peyronnis civis et habitator
Arelatis. Ce maître maçon ou plutôt tailleur
de pierre s'engagea dans cet écrit à réaliser
une tour de défense sur les bords du Rhône, in riperia
Rodani, sur l'emplacement de la maison d'un certain Stephanum
Leonis piscatoris. Le texte précise également que
l'habitation de ce pêcheur se situe près du portail
de Santa Clara.
Il ne fait
aucun doute que la tour à construire était
bien l'édifice appelé del Leonet, Torre nova
ou plus récemment de l'Ecorchoir.
Dans un article paru dans la revue Le Musée en 1881,
Emile Fassin pensait que la tour ne datait que de 1424 (année
où d'importantes réparations furent effectuées
d'après un prix-fait réalisé par Bertran
Val maçon ).
Emile Fassin supposait que le nom Torre del Leonet provenait
du fait qu'une effigie du lion d'Arles, l'emblème de
la ville, ait pu se trouver apposée en armoiries sur
l'un des murs.
La tour de défense devient un abattoir
Actuellement nous pouvons affirmer que l'appellation Torre
del Leonet vient du nom du propriétaire de la maison
sur la quelle a été bâtie la tour. Par
contre le nom Torre nova est une dénomination plus classique,
cette tour étant la dernière construite. Ce nom
a perduré au cours des siècles.
Le nom Santa Clara provient du fait que cette fortification était
proche du portail du même nom (entrée de l'actuelle
rue Taquin) dont l'appellation vient de la proximité du
couvent des Clarisses situé hors les murs et détruit
en 1359 pour des raisons militaires (il n'était pas
souhaitable qu'un assiégeant dispose de points d'appuis
trop proches des remparts ).
Le nom Tour de l'Ecorchoir vient quant à lui de l'installation
au XVIIIe siècle d'un abattoir situé dans ses
murs, on disait aussi la Tuerie.
En 1412, on transporta à proximité de la tour
du bois d'oeuvre (palissade, poutres (?)
En 1423, on effectua des réparations puis la construction
des merlets sur le sommet de la tour ce qui probablement n'avait
pas été réalisé auparavant, sans
doute par manque d'argent . Le 24 ou 25 novembre 1423, une
terrible nouvelle parvint à la connaissance de la population
arlésienne. Marseille avait été prise,
pillée, incendiée par la flotte du roi d'Aragon.
Que pouvait-il arriver à Arles ?
Aussitôt connue l'information les syndics organisèrent
la défense urbaine, l'armement et le renforcement hâtif
des fortifications . Dans le même temps ils envoyèrent
des espions sur le Rhône et au bord de mer afin de vérifier
si les galères de ces cathalanos nephandos (ces chiens
de Catalans, dans le latin des notaires!) ne tentaient pas
de remonter le fleuve .
Heureusement pour la ville d'Arles, la flotte aragonaise
une fois chargée de butin prit directement la route
de Barcelone .
Le vent du danger avait soufflé très fort pour
les Arlésiens d'autant que les nombreuses incursions
des corsaires catalans en Camargue ne pouvaient qu'inspirer
une forte crainte pour la sécurité de la ville
et de son territoire . A ce moment et pour longtemps encore
les autorités municipales se soucièrent constamment
de renforcements et d'améliorations visant à aménager
l'angle sud-ouest de la ville particulièrement exposé .
D'après Emile Fassin pendant les guerres
civiles de la fin du XVIe siècle, la tour du Leonet
servit de tour de guet en liaison avec le fort de Pasques en
bordure du Rhône vers l'aval (l'actuel mas du Fort de
Pâques en Camargue).
Elle servit également de plate-forme d'artillerie dans
les combats avec les troupes royalistes du duc d'Epernon et
de Perraut occupants alors la rive droite du fleuve à Trinquetaille.